Villa Rhena

Un espace d'échange, de coproduction et de promotion
pour les artistes, les artisans et les industriels rhénans.



Daniel explose de souvenirs en forme d’images, d’odeurs, de sonorités, de textures différentes à l’œil et au toucher.

Son récit me promène dans un environnement riche, exploité en permanence, dans un décor changeant.

Il fait défiler des personnages multiples qui ont valorisé, encouragé ses goûts et ses compétences et ont fait naître des passions depuis la plus petite enfance.

A l’âge de trois ans, il se voit grimpant sur un muret. Il contemple la forêt qui se trouve derrière la maison de ses parents à Fénétrange.

Fenêtres étranges… C’est ce que je pense en regardant les compositions de Daniel.

Cette forêt a une forme particulière et elle sera le thème d’une série de tableaux.

Il a offert « une forêt » de cette série au chirurgien de Nancy qui a opéré sa sur atteinte d’une tumeur au cervelet.

La forêt a la forme d’une tête dont on verrait l’irrigation du cerveau par transparence.

Il s’en est aperçu après-coup. Il a peint la maladie de sa soeur sans le savoir.

Cette sœur malade a accaparé tout le temps de la mère de Daniel lui laissant ainsi beaucoup de liberté dans la grande maison entourée de dépendances.

Le père de Daniel est peintre en bâtiments. Le petit garçon peut s’exercer très tôt à manipuler les couleurs sur toutes sortes de supports.

Il découvre des peintures à l’huile abandonnées à l’âge de trois ans et il essaie.

Il se barbouille copieusement. Sa mère et sa grand-mère le mettent debout sur un évier en émail à petits carreaux bleus et blancs et le nettoient au White Spirit. : « ça me pique encore aujourd’hui » dit-il.

Il retrouvera les peintures bien cachées en haut d’une armoire et recommencera.

Cette armoire est recouverte de plusieurs couches de vernis craquelé. Daniel se voit risquant les remontrances et le White Spirit mais debout sur son échelle.

 Les couleurs sont plus intéressantes que celles de l’école maternelle « La Providence » dirigée par les 2 sœurs habillées de noir et blanc, l’une jeune et svelte l’autre plus ronde et plus âgée.

Il se souvient de l’odeur du pain du sandwich préparé par sa mère.

Il s’agit d’un premier interdit, d’une première attirance pour ce qui n’est pas permis.

Aller chercher ce qui est caché, braver l’interdit sont restés les moteurs de sa création.

Ces peintures à l’huile appartenaient à l’arrière grand-oncle émigré aux Etats-Unis en compagnie de l’arrière-grand-père de Daniel.

Il s’appelait aussi Daniel et avait en plus du nom et du prénom, la même écriture que lui.

Il l’a découvert lorsque son père lui a transmis les papiers administratifs de la famille, l’acte de vente de la forêt derrière la maison familiale.

Un autre grand oncle, le fils de l’arrière-grand-oncle Daniel, a fait son service militaire au Viêt-Nam et a rapporté des objets colorés dans une grande malle grise.

Ce sont ses jouets de petit garçon quand il ne peut pas sortir.

Daniel a réalisé une série de Bouddhas: Il a continué à « jouer » avec les thèmes asiatiques de son enfance bien plus tard.

Il ramasse des papiers anciens, en particulier des papiers carbones pour réaliser ses compositions artistiques. Il est possible en scannant les carbones anciens, de retrouver les phrases écrites et superposées.

Un espace est ouvert pour une interprétation de ces traces à l’infini.

Cette superposition est celle que l’on retrouve dans la vie de chacun.

Nous sommes issus d’une multitude de phrases dont on ne connaît plus l’origine mais qui nous permettent de raconter notre histoire.

D’autres guides de Daniel seront les confrères du père. La famille est riche de six générations de peintres en bâtiments plus ou moins artistes aussi.

Il apprendra son métier en regardant les artisans.

Les confrères vont persuader le père de laisser Daniel étudier aux Arts déco à l’âge de 17 ans.

Il se méfiait et venait vérifier si Daniel suivait bien les cours de publicité qui conduiraient, d’après lui, vers un métier rentable, un vrai gagne-pain.

Mais Daniel, toujours en cachette du père, fréquente aussi les ateliers de peinture à l’huile, cinéma, illustration avec Claude Lapointe.

Antoine Gisselbrecht a particulièrement influencé Daniel. Sa démarche était théorique.

Il donnait beaucoup d’importance au mouvement du Bauhaus et à la mise en relation des métiers de l’Art et de l’Artisanat. La créativité et ses origines étaient les thèmes principaux de ses cours d’étude documentaires.

Le personnage était impressionnant, érudit et avait beaucoup de charisme :

« On était comme un livre ouvert devant lui » dit Daniel.

L’intérêt pour les métiers de l’artisanat a été renforcé par la rencontre avec Marcel Dessène, un franc-maçon qui lui poussait encore plus loin la réflexion.

Encore d’autres guides se trouvaient tout simplement au village.

Monsieur Klein, conducteur de travaux à Paris, peintre à ses heures qui venait se reposer dans sa maison de Fénétrange. Daniel découvre en sa compagnie la littérature : Sartre, Apollinaire, Verlaine et la musique.

Il se souvient d’une nuit de Noël. Il a quitté l’église pendant la messe du réveillon pour aller déguster des huîtres en écoutant Chopin avec la famille Klein. Il avait 12 ans.

Il a appris l’ allemand au catéchisme où le pasteur racontait les histoires de la Bible en allemand tous les 15 jours.

Il voyageait en Allemagne chez sa tante à Aix-la –Chapelle. C’était une tante riche dont le mari avait une Mercedes avec chauffeur. C’est lui qui lui a offert sa première boîte de crayons de couleur.

Une autre tante attendait toujours le retour de son fils parti à la guerre. Daniel a recopié les dessins de ce fils qui le fascinaient. Celui qui n’était pas là lui a appris à dessiner.

Daniel se dit humble en ce qui concerne la culture. Il vit, écoute, il crée, il fait voir et cherche à comprendre.

Sa démarche intelligente est une réflexion vivante non livresque. Il aime les beaux livres d’histoire de l’Art, de calligraphie, de photos pour leurs illustrations.

C’est le côté visuel qui lui parle.

Il gagne sa vie au sein d’un recoupement de domaines de l’Art et de l’Artisanat.

Il décore des lieux publics ou privés, innove tout en respectant les traditions de savoir-faire des ses ancêtres .Il sait que ces lieux resteront dans le souvenir des personnes qui y vivent ou ne font que passer.

De cette manière, il transmet.

Il travaille pour la publicité, est illustrateur, concepteur d’images.

Daniel aime sa vie, les gens qu’il rencontre et sait transmettre ses passions.

Elle n’est pas confortable pourtant: pleine de contraintes et de risques.

Une dernière rencontre évoquée est celle avec Charles Algner. Il le guide vers la destruction nécessaire pour arriver à une création personnelle. Il faut désapprendre pour créer du nouveau et ce n’est pas simple de quitter volontairement  ce que l’on connaît et maîtrise le mieux pour aller ailleurs.

Daniel semble toujours prêt à le faire.

Et il y a aussi les femmes….

Daniel a grandi dans son village entouré de femmes et de petites filles dans son groupe folklorique où elles s’habillaient en garçon puisqu’il n’y en avait pas assez. Je crois qu’elles l’ont bien soigné !!!!



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